Introduction

Nous ne pourrions être plus singuliers ! Le Folk (avec un grand F) ça n’existe pas, il n’y a pas un gabarit qui permette de caser à coup sûr un truc ou un autre dans Folk, car il n’y a pas un Folk mais plusieurs Folk. C’est pourtant évident, ne nous dites pas que ça ne vous avait jamais effleuré l’esprit…

Il existe au moins autant de folk qu’on peut dénombrer de nations, d’ethnies ou de dialectes dans le monde… voilà, le folk c’est culturel, chacun le sien et les vaches seront bien gardées. Bien sûr, rien n’empêche dans un coin du globe de pratiquer le folk d’un autre, mais ça complexifie la donne !

Bribe d’explication : la musique folk a connu un soi-disant revival dans les années soixante, quand les amerloques nous ont amené leurs chanteurs à guitare : sorte de détérioration contestataire et urbaine du blues, les folkeux américains s’accompagnent d’une gratte sèche, des fois d’un harmonica, et basta ! Citons notamment Phil Ochs, Bob Dylan ou Joan Baez. Les English ne demandant pas leur reste leur emboîtent le pas avec leurs propres ressortissants du style : Bert Jansch, Fred Neil ou Donovan. Ainsi naquis le folk song à l’amerloque (NB : noté folk1), issu dune tradition de chansonniers ruraux qui pleuraient leurs libertés et leurs joies simples désormais perdues. Woody Guthrie a tout inventé, ne remontez pas plus loin.

Le revival européen opère dans la foulée quand des étudiants aux beaux arts ou des historiens s’intéressant aux traditions musicales et orales ancestrales se lancent dans la brèche. Inspirés par les arts et musiques médiévales, plutôt baroque ou renaissance, les instruments typiques de naguère aujourd’hui dans les musées, ils tentent de relancer une mode du folk à la sauce templière. Apparaissent en Angleterre des groupes comme Fairport Convention, Amazing Blondel, et Malicorne en France pour les plus fameux.

Mais comme en Angleterre, en France les musiciens attachés à leur folklore et leur tradition orale locale relancent la chanson folklorique basée sur des thèmes ancestraux (NB : noté folk2). Les campagnes et régions les plus attachées à cette particularité qui tend à disparaître seront les plus réactives, et ressortiront les luths, bombardes et autres épinettes !

C’est pourquoi en France l’école du folk s’appuie sur cet apport instrumental de longue tradition, mais également sur la diversité culturelle qui siège sur son territoire : bretons, occitans, alsaciens, picards, savoyards, mais aussi polynésiens, maghrébins, antillais, africains, et autres immigrants d’Espagne, du Portugal, d’Italie ou des pays de l’Est ont participé à enrichir cette tradition musicale.

Ainsi le folk « à la française » jouit d’une diversité qui n’est pas comparable au folk song amerloque, ni aux revival folk médiévaliste des anglais. Et pourtant – nous aurions envie de rajouter malheureusement – ce sont bien les seuls qui intéressent la plupart des artistes contemporains, mais aussi du public folkeux contemporain… Dylan is Dylan, et viva Donovan… le nivellement de la culture par l’américanisation a commencé il y a bien longtemps, ça ne date pas de Nike ou de Coca-Cola. La preuve, même en France la mariée balance son bouquet dos à une assistance féminine hystérique, coutume nord-américaine profondément installée dans les mœurs, et sûrement pas uniquement en France.

Aujourd’hui, ça n’est plus possible, et si nous vous faisons tout ce hiatus abscons et inintelligible, c’est uniquement pour vous faire admettre que les disques sus-chroniqués appartiennent au folk, pardon au folk2. Ils sont le reflet évident que la musique folklorique ancestrale apporte sa richesse à un style novateur qu’on peut définir comme le folk « à la française ». Alors, allons-y !

9 thoughts on “Introduction

  1. Le terme folk peut prêter à confusion. Il veut dire peuple, et quand on parle de folklore il s’agit de la science (lore) du peuple (folk). Est né avec ce vocable l’adjectif folklorique, lequel a fini par prendre un sens péjoratif. C’est en partie – ou peut-être principalement – pour cette raison qu’au Québec on emploie l’expression musique traditionnelle ; depuis quelques années on dit trad tout simplement.

    J’ai déjà rencontré dans un festival de vielle à roue et de cornemuse une Étatsunienne qui jouait du tympanon. La musique folk était pour elle une chose sacrée et elle faisait une très nette distinction entre un véritable folksinger et ce qu’elle appelait un BWG ou une GWG : boy with guitar, girl with guitar. Il semble que pour plusieurs amoureux de la musique folk anglo-américaine, et sans doute anglo-saxonne en général, il y ait une tradition du chanteur ou de la chanteuse folk.
    Je ne veux pas me perdre en détails et en nuances, mon impression est que le folksinger s’inscrit dans une tradition vieille comme le monde et que je nomme, à défaut d’un mot plus cntempoain, bardique. J’entends par barde celui qui est porteur de conscience sociale et politique, porteur de mémoire, poète, conteur aussi. C’est celui qui rappelle aux gens leur origine tout en leur proposant une vision d’un monde meilleur. Chez les Étatsuniens Pete Seeger est le meilleur exemple auquel je puisse penser ; au Québec, Vigneault et Félix Leclerc ; en Bretagne Glenmor ; chez les Occitans, Marti, et ainsi de suite. Sans que le griot soit un parfait équivalent du barde, sa fonction au coeur de la communauté joue un rôle tout de même pas mal similaire. Peu importe le nom qu’on lui donne, on le retrouve un peu partout sur la planète.

    L’influence anglo-américaine est tellement grande qu’il devient difficile de séparer le bon grain de l’ivraie, c’est comme si jamais la poussière tombait pour nous permettre de voir clair. Adolescent j’adorais la musique anglo-américaine, ce qui inclut bien sûr la musique afro-américaine, et me demandais comment ils avaient pu créer des musiques aussi originales, irrésistibles, riches. Dans ma quête
    j’ai compris une chose : ils intégraient sans problème les différentes traditions (bien qu’elles fussent des traditions plutôt récentes, comme en Amérique du sud) pour créer une musique populaire. On peut donner, ici, le sens que l’on veut au mot « populaire » (du et pour le peuple, ou pop), ça ne change rien au phénomène : il n’y a pas eu de rejet des musiques créées par le peuple, vieilles ou récentes. Et, surtout, il n’y a pas eu de rejet global de la mémoire. À tout le moins il n’y a pas eu de rejet de
    la sensibilité imprimée dans cette mémoire.

    Le chanteur de complainte et conteur québécois Michel Faubert a intitulé son premier disque, il y a plus de vingt ans, Maudite mémoire. Son plus récent opus a pour titre Mémoire maudite. J’admire profondément sa démarche car elle rejoint tout à fait ce que j’ai compris il y a des lustres lorsque j’enviais mes voisins du sud : l’intégration de la mémoire se faisait très difficilement, ou pas du tout, chez nous au Québec. Je déplorais l’absence d’intégration de notre héritage dans notre musique populaire. Exclure la mémoire populaire de la musique « populaire » finit par créer une certaine aliénation. Ce que j’appelle la mémoire est l’accumulation de siècles de vécu collectif qui finit par modeler une sensibilité particulière et qui devient un des apports les plus riches que l’on puisse offrir à l’Autre.

    Les choses ont évolué au Québec. Depuis le début des années 1990 il y a ici et là
    intégration de la mémoire. Certains artistes sont carrément contemporains, d’autres ont un pied dans la tradition, l’autre dans la modernité, peu importe ça n’est plus un phénomène exceptionnel d’entendre des musiques « populaires » ou « modernes » qui ne sont pas amnésiques et à la remorque des modes. Ce sera quand même toujours un combat, rien n’est acquis. Le vent de l’anglobalisation souffle plus fort que jamais, et le monde virtuel, par où cette anglobalisation passe de plus en plus,
    est une arme a deux tranchants. Voilà pourquoi il est impérieux que des sites comme lefolkfrançaisnexistepas… existe !

    Les bien-pensants aiment répéter que la biodiversité est ce que nous avons de plus précieux pour que vive cette pauvre planète, mais protéger la biodiversité pour un monde uniformisé n’a aucun sens. La musicodiversité est à promouvoir aussi, la diversité des offrandes du peuple et de leurs traditions. Se valoriser soi-même est peut-être notre meilleure arme contre l’uniformisation et l’aliénation culturelle.

  2. Quand j’étais jeune (très très jeune, quand même), le folk était simple à définir : guitare acoustique et textes engagés (on ne rit pas !), par opposition à guitare électrique- basse- batterie et textes neuneus (là aussi, on ne rit pas !) pour le rock. Sauf que, déjà, Bob Dylan avait brouillé cette lumineuse distinction en jouant de la Stratocaster avec un groupe de blues-rock, dès la mythique année 1965.
    Ensuite, les étiquettes se sont multipliées : electric folk, folk rock, trad, world music, world (tout court), j’en oublie sûrement. De quoi regretter ce simple mot « folk ».
    Alan Stivell qualifiait sa musique d’ « ethno-moderne » (Reflets, 1970), ce qui est plus exact, mais sans doute trop abstrait pour avoir été retenu par le langage courant. Alors, vive le folk !
    Et quel plaisir de voir ces pochettes de disques…

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